Le Baromètre des projets des Français - Mars 2011
Fortes inquiétudes concernant le prix de l’essence
Entre la tragédie japonaise et le drame libyen, la question énergétique est projetée au devant des préoccupations. En quelques semaines ont tour à tour été amplifiées les interrogations concernant l’avenir de l’énergie nucléaire, puis la défiance concernant l’évolution à venir des cours du brut.
Pour le quotidien des Français, ce climat anxiogène trouve une traduction très concrète : de fortes inquiétudes concernant le prix de l’essence, lesquelles s’inscrivent, plus globalement, sur fond d’inquiétudes persistantes pour le pouvoir d’achat.
Essence : inquiétudes et restrictions
L’inquiétude est massive : 70 % des Français estiment que, « au cours des trois prochains mois », les « prix de l’essence en France vont augmenter » ; et plus précisément encore, un tiers des personnes interrogées (33 %) redoutent une « forte » augmentation des prix à la pompe.
En conséquence, une part significative de Français envisagent de réduire leurs déplacements en voiture : près de 4 Français sur 10 (38 %) envisagent de limiter leurs « déplacements en voiture », et seulement 46 % entendent « maintenir » en l’état ces déplacements.
Ces intentions de restrictions sont exprimées par l’ensemble des catégories sociales : retraités, ouvriers, employés, membres des professions intermédiaires, tous envisagent des efforts. Deux catégories sont relativement moins touchées par ce désir de limitation des déplacements en voiture : les cadres (30 % entendent réduire leurs déplacements) et les jeunes (28 % des 18-24 ans).
Plus largement : pessimisme pour le pouvoir d’achat et réduction de l’épargne
Ces inquiétudes concernant le prix de l’essence s’inscrivent, plus largement, dans un climat de défiance pour le pouvoir d’achat : 54 % des Français estiment que leur « pouvoir d’achat » va « diminuer » au cours des « trois prochains mois », soit un score qui confirme le record enregistré le mois dernier (56 %), lequel accomplissait une forte progression (+12 points).
La traduction concrète est assez brutale : la part de Français qui déclarent ne pas mettre d’argent de côté augmente nettement pour s’établir à 25 % (+ 8 points par rapport aux résultats obtenus le mois dernier).
Cette France « non épargnante » répond à des caractéristiques très particulières :
- Il s’agit de la France des seniors : 43 % des personnes âgées de 65 ans et plus déclarent ne pas mettre d’argent de côté (contre 15 % des 18-24 ans, 8 % des 25-34 ans) ;
- Singulièrement, il existe relativement peu de différences parmi les personnes en activité professionnelle : 17 % des ouvriers déclarent ne jamais mettre d’argent de côté, de même que 15 % des cadres. Bien évidemment apparaissent ici des différences concernant les motivations de l’épargne : la part de dépenses subies (ou incompressibles) peut être bien plus élevée auprès des ouvriers qu’auprès des cadres, lesquels effectuent une plus large part de dépenses de convenance ou d’agrément.
Autre traduction concrète des contraintes financières : les intentions d’achat automobile déclinent nettement : seulement 4 % des Français envisagent désormais d’acheter une « voiture » ou d’en changer, soit un score en repli de 4 points par rapport à celui du mois de février. Certes, cette forte baisse traduit par ailleurs la fin de la prime à la casse (décembre 2010), dont le dispositif avait permis, en 2010, de soutenir de manière artificielle les dépenses automobiles : désormais, ce renouvellement accompli du parc automobile n’incite pas, bien évidemment, à poursuivre de nouveaux achats.
Au total, l’indice synthétique des intentions de dépenses des Français atteint son étiage : à 57, il enregistre une baisse de 20 points par rapport au chiffre du mois de février, et consacre ainsi la plus forte décrue enregistrée depuis la création de ce baromètre.
Par gros temps en matière de pouvoir d’achat, par pessimisme concernant le prix de l’essence, les Français envisagent de dépenser moins. Au-delà de leur bien-être personnel il ne s’agit pas là d’une bonne nouvelle pour la croissance et le soutien que pourraient lui accorder les ménages.
Pour en savoir plus : le baromètre des français